Enquête sur le boom fulgurant du Trail

Aujourd’hui, il est devenu difficile de n’avoir jamais entendu parler de trail, même pour ceux qui ne pratiquent pas la course à pied. Depuis 2016, jamais le trail n’avait connu pareille notoriété. En même temps, quand un traileur nommé Kilian Jornet escalade l’Everest deux fois en une semaine, comme ça… sans pression, les médias du monde entier se sont dit qu’il y avait peut-être quelque-chose à creuser vis-à-vis de cette discipline. Mais qu’est-ce que c’est au juste le Trail ? Parce que même si aujourd’hui tout le monde ou presque arrive à expliquer approximativement en quoi cela consiste, la délimitation de cette pratique reste encore floue pour beaucoup de personnes y compris dans la runnosphère. C’est pourquoi la Team OuiRun a tenu à se pencher sur le sujet !

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Un peu d’histoire pour commencer
Tout d’abord il faut savoir que Trail est en réalité la prononciation à la française de Trail Running qui définit cette pratique chez nos amis anglophones, la traduction française littérale étant course en sentier. D’un point de vue historique, il existe plusieurs versions concernant la naissance de cette discipline. La plus commune considère qu’il s’agirait d’une déclinaison de la pratique de la course à pied moderne apparue au XXème siècle. Certaines personnes font cependant remonter les racines du trail à des temps nettement plus anciens en le rattachant aux courses de montagne pratiquées dans la culture celtique depuis près d’un millénaire. Les deux versions sont recevables et pas vraiment contradictoires cependant ce n’est qu’à partir des années 1990 que la discipline a réellement été codifiée.

Au-delà de la pratique dans son ensemble, trail est aussi la terminologie utilisée pour parler des compétitions hors-stade dont le parcours est constitué à moins de 20% par du bitume. Ce type de course n’a cependant pas attendu sa codification pour exister. Les armées coloniales, par exemple, organisaient ce qu’on appellerait aujourd’hui des trails pour sélectionner les autochtones aux aptitudes physiques « supérieures à la normale » pour recruter localement leurs soldats. D’ailleurs quand on y réfléchit, Philippidès le premier marathonien de l’Histoire était aussi ce qu’on appellerait aujourd’hui un traileur !

Le Trail « moderne » et sa démarcation du running
C’est donc à partir des années 1990 qu’on commence à observer une démarcation de plus en plus marquée entre la course à pied et ce que l’on commençait alors timidement à appeler trail. L’essor du running entre 1970 et 1990 a principalement été impulsé dans des régions urbaines, d’abord aux Etats-Unis puis en Europe. L’un des facteurs de motivation étant notamment la volonté de s’échapper du quotidien dans un environnement bétonné à outrance. De son côté, le Trail a eu tendance à être impulsé dans des environnements ruraux où les runners avaient la possibilité de profiter d’un environnement radicalement plus naturel.
Ce dernier constat constitue d’ailleurs ce que l’on pourrait considérer comme l’une des principales démarcations entre le running et le trail : le running implique dans de nombreux cas une volonté de s’échapper de son environnement là où le trail cherchera au contraire à communier autant que possible avec celui-ci. De manière plus concrète, la démarcation s’est surtout accentuée avec l’organisation de compétitions utilisant directement la terminologie Trail. Par la suite le concept de trail s’est lui-même décliné en plusieurs types suivant le contexte de la course. On parle ainsi de Trails blancs, d’ultra-trails d’éco-trails, autant de déclinaisons qui sont la preuve que le trail s’est progressivement forgé sa propre identité tout en parvenant dans à rester dans l’air du temps.

Bien que la pratique aie tranquillement fait son trou depuis les années 1990, cela n’explique pas pourquoi le mot trail est, depuis quelques années à peine, sur les lèvres de tous (et quand on vous dit tous, c’est absolument TOUS) les professionnels du marché du running. OuiRun a tenté d’identifier pour vous les facteurs qui sont à l’origine du succès du trail en tant que sport à part entière.

Un runner peut en cacher un autre
Tout d’abord, bien qu’il cherche à se distinguer de la course à pied classique, le trail a grandement profité de la croissance considérable du running depuis 2010. En seulement sept ans, le nombre de personnes déclarant pratiquer la course à pied a plus que doublé et bien évidemment des disciplines comme le trail (mais aussi le triathlon ou la marche nordique) ont profité de cette augmentation fulgurante. La croissance du running semble avoir entrainé le déplacement d’une partie de la communauté running vers le trail, gonflant ainsi les rangs de la discipline. En effet, il n’est pas rare de voir des runners de compétition passer à la pratique du trail afin d’expérimenter quelque chose de différent, de nouveau. Les professionnels du sport ont ainsi identifié un cheminement qui pousse les runners à s’orienter naturellement vers le trail et comme le résume très bien Christian Loos, National Account Manager chez Salomon France « tant qu’il y aura de nouveaux coureurs sur route, il y aura de nouveaux traileurs »

 

Le Trail : bien plus qu’une déclinaison de la course à pied
​​On comprend donc que la croissance du running se répercute très positivement sur le trail et pour les marques du secteur il s’agit d’une opportunité en or. En effet, en se distinguant du running le trail constitue désormais un marché à part entière et chacun veut sa part du gâteau ! Les premiers concernés sont les équipementiers pour qui le trail a été l’occasion de proposer de toutes nouvelles gammes de produits, en particulier pour les chaussures. Selon le magazine Outdoor Experts, un million de paires de chaussures de trail ont été vendues en 2014, ce qui correspondait à une croissance de 12% par rapport à 2013. Aujourd’hui l’Europe et l’Amérique du Nord représentent les principaux marchés du trail et ceux-ci connaissent un rythme de croissance impressionnant. D’après le Vice-Président de la marque américaine Columbia, la croissance du marché du trail en Europe est supérieure à 10%, et cela depuis plusieurs années ; c’est d’autant plus intéressant pour les marques car les traileurs sont de plus gros consommateurs que les runners conventionnels. Il s’avère que pratiquer le trail régulièrement peut coûter cher, le panier moyen annuel d’un traileur de bon niveau se situe généralement autour de 500 euros, c’est déjà plus que celui d’un runner assidu, et celui-ci peut atteindre des sommes bien plus considérables. Des centaines d’euros par an voire des milliers, ce sont des prix prohibitifs me direz-vous, et vous n’avez pas tout à fait tort, pourtant au vu des caractéristiques sociales des traileurs, ce n’est pas réellement un problème. D’après une étude menée par le Think Tank Trail en 2013, un part importante des traileurs appartient aux CSP+ (cadres moyens/supérieurs, professions libérales). Toujours selon la même étude, 37% des traileurs interrogés gagnaient entre 30000 et 50000 euros par an et 22% d’entre eux plus de 50000 euros, de quoi faire le bonheur des marques. Celles-ci ont ainsi mis en place des campagnes de marketing savamment orchestrées, soulignant la dimension « extrême » de ce sport afin d’inciter les traileurs à s’équiper en conséquence. Aujourd’hui pour la plupart des pratiquants, l’équipement revêt une grande importance et on observe également un véritable intérêt pour le matériel technologique, ce qui donne au traileur un petit côté geek.

Un secteur « niche » de plus en plus convoité
L’essor du trail profite donc considérablement aux équipementiers sportifs positionnés sur le marché du running mais ils ne sont pas les seuls à convoiter ce nouvel Eldorado. En effet, d’autres secteurs commencent à se pencher sur ce marché et comptent bien tirer profit du pouvoir d’achat conséquent des traileurs, c’est le cas notamment de la nutrition sportive et du coaching. D’après l’étude du Think Tank Trail (TTT), 68% des traileurs interrogés prennent en compte les conseils diététiques et nutritionnels qui leurs sont donnés, la statistique parle d’elle-même et les professionnels de la nutrition l’ont bien compris. Plusieurs marques se sont déjà positionnées sur le marché en proposant des gammes alimentaires dédiées aux trail, c’est le cas notamment de la marque française Isostar. Le coaching a quant à lui encore du chemin à faire pour s’insérer durablement sur le marché du trail,  l’étude TTT révèle que seulement 7% des traileurs interrogés seraient intéressé par le suivi d’un coach. Cependant, ce constat est à pondérer car le nombre de débutants en trail tend à augmenter fortement et certains de ces débutants pourraient se tourner vers des séances de coaching axées sur la préparation physique mais aussi mentale.

Le trail attire donc de nombreux acteurs déjà positionnés sur le marché du sport et la commercialisation de gammes de produits dédiés à cette discipline représente plusieurs centaines de millions d’euros de chiffre d’affaire potentiel pour les marques du secteur, et pourtant, les bienfaits économiques du trail ne s’arrêtent pas là ! De par la dimension nature/environnement intrinsèquement liée à cette pratique, le trail représente un formidable potentiel de dynamisation ou revitalisation économique pour les communes rurales. Certaines communes profitent déjà des bénéfices du trail sur leur économie, c’est notamment le cas de Chamonix qui accueille tous les ans l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), l’un des trails les plus connus du monde. D’après les organisateurs de l’événement, chaque édition de cette compétition rapporterait à la ville près de 14 millions d’euros par an. Ainsi, il est aisé de penser que joindre une dimension touristique à la pratique du trail pourrait à terme considérablement contribuer à l’économie des régions rurales, ce qui est d’autant plus intéressant quand on sait à quel point certaines régions rurales de France sont économiquement sinistrées.

Le trail dans le monde
Bien que sa pratique soit principalement concentrée en Amérique du Nord et en Europe pour le moment, le trail se développe rapidement à l’international. Certains pays asiatiques, à commencer par la Chine, ont déjà perçu le potentiel de la discipline à bien des égards. A l’heure actuelle, le trail reste un marché niche à l’échelle mondiale et il s’est principalement répandu dans les pays industrialisés en partie en raisons des coûts élevées liés à la pratique. Toutefois les marques, mais aussi les fédérations sportives, comptent bien étendre la pratique du trail dans le plus de pays possible. Pour l’heure, on constate que la France, au même titre que l’Espagne, est un pays de référence mondiale en matière de trail. De nombreux français se sont hissés au sommet du classement de l’ITRA (International Trail Running Association) et c’est d’ailleurs la française Caroline Chaverot qui domine le podium côté féminin ! Cocorico ! Chez OuiRun, nous sommes très fiers de compter deux champions de la discipline parmi nos ambassadeurs : Sébastien Chaigneau et Thomas Lorblanchet !

Moyen de communion avec l’environnement pour ses pratiquant, nouvel eldorado pour les marques de  sport, débouché touristique considérable pour les territoires ruraux… les bienfaits du trails sont nombreux et il semblerait que tout le monde y trouve son compte ! Au-delà de l’aspect économique de la discipline, il est important de garder à l’esprit que le trail c’est avant tout des valeurs : sport, simplicité, respect de l’environnement, résilience mentale et physique, profiter de l’instant présent. Ces exemple ne sont qu’une partie de valeurs qu’englobe ce sport sans prétention qui parfois nous rappelle que prendre le temps d’admirer un paysage c’est une manière de profiter de la vie à 100% .

2018-01-31T18:47:31+00:00Dossiers OuiRun|

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